Hier soir, j’ai eu la chance d’aller voir le film de Banksy, Exit Through the Gift Shop. Ou plutôt, le film qu’il a produit puisque les images ne sont pas de lui… enfin malgré cette importance cela reste un détail, puisqu’en rentrant dans la salle c’est véritablement une expérience “à la Banksy” que vous allez vivre.
Ce film, c’est un peu une partie d’un triptyque.
Petit retour en arrière.
L’été dernier, se tenait à Bristol : Banksy vs. Bristol Museum. Cette exposition est en quelque sorte l’aboutissement des intrusions de Banksy dans les musées (quand il ajoute des œuvres aux murs), par lesquelles il dépasse le concept du ready made de Marcel Duchamp, qui malgré l’intention louable, a engendré… a lot of piece of crap. Pour cette exposition, les pièces de Banksy sont dispersées à travers le musée, obligeant le spectateur à porter attention à tout ce qui se trouve autour de lui afin de trouver ses pièces. En clair, il reproduit dans le musée ce qui se passe dans la rue.
Banksy invite le spectateur à re-penser la relation art/musée, refuse tout merchandising et paiement d’entrée. Parmi les œuvres alors exposées, on retrouve notamment celle-ci :

Ce qui m’amène donc à la deuxième partie du triptyque : le film.
Je ne vais pas vous raconter le film, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir, mais je peux toutefois reprendre deux choses : la première, c’est illustration du film faite par Banksy à Salt Lake City lors de sa présentation au Sundance Festival (tout y est) :

La deuxième, c’est une citation du trailer : le premier film au monde sur un désastre du street-art…
Dans cet opus, Banksy aborde la vision – ou plutôt récupération – du street-art par l’industrie du marché de l’art et par le consommateur, et donc sa monétisation.
Mais avant d’en arriver là, vous partez en vadrouille avec Space Invaders, Monsieur André, Zevs, Obey… et Banksy. Amoureux du street-art, vous serez servis. Rien à faire du street-art, vous ne regrettez pas d’avoir suivi vos potes, je vous promets de grands éclats rire ; Banksy sans humour – so british – n’est pas Banksy.
J’espère que ce film trouvera un distributeur en France (sortie UK: 5 mars) et que vous vous ruerez alors dans les salles, même si mon petit doigt me dit qu’il serait sans surprise de retrouver le film en accès libre depuis son site d’ici peu…
J’en arrive donc à la troisième partie du triptyque – en fait la première et unique :
la rue.
Dans le travail de Banksy, il existe toujours une corrélation très forte, en fait une unité entre ce qui est raconté (le sujet) et son contexte (le support). Ce qui est un peu le point d’orgue du street-art me direz-vous, mais il est bien souvent sous-exploité par les congénères de Banksy. Cette unité sujet/support est également présente dans les deux autres parties du triptyque : pour ses expositions, le “support” du musée nous revoit à la grande question “qu’est-ce que l’art ?” ; pour le traitement de l’industrialisation de l’art, quoi de plus adéquate que la grande machine à fric du cinéma.
Banksy c’est un regard critique et sarcastique, une remise en question de notre société pleine de justesse et de finesse ; sans jamais être prétentieux ni donneur de leçon, avec des touches de poésie et toujours avec humour. C’est une œuvre de rue qui s’adresse à quiconque observe quelque peu la vie autour de soi. Cet échange entre le travail de Banksy et les passants est de fait gratuit. Il n’y a pas d’appropriation des œuvres, de toute façon Banksy ne croit pas au copyright ; l’expression se veut libre et désintéressée. Mais Bansky ou pas il reste un hors la loi, un vandale, et il a réussi malgré le succès (qu’on lui a infligé) à conserver le mystère total autour de son identité. Cette clandestinité forcée lui permet de conserver sa liberté de penser, son intégrité ; elle est aujourd’hui le meilleur rempart contre les vautours.

C’est pour toutes ces raisons, que j’affirme ici aujourd’hui que Banksy est sans aucun doute l’artiste majeur de notre génération, le héros des temps modernes (sans Kit), le robin des bois de nos consciences.
Amen !