
Salut Laurent,
- Peux-tu te présenter en quelques mots, nous dire qui tu es, d’où tu viens et pourquoi/comment es-tu devenue illustrateur ?
On s’en fout non ? Ahem… Salut tout le monde ! Je suis designer freelance, j’ai bientôt 40 ans et j’ai le tort de vivre à Paris. J’ai commencé en tant que designer produit, en dessinant toutes sortes d’objets : téléphones, accessoires de bureau, outils médicaux. Ce qui m’a emmené à m’intéresser à la dimension graphique de tous ces objets : icônes, interfaces, packaging, etc. Puis le web est arrivé, et j’ai eu envie de me lancer dans le webdesign, tout en suivant une formation plus classique en parallèle, notamment sur la typographie et l’identité visuelle, un univers qui me fascine, et dont je fais mon métier maintenant depuis 15 ans. J’aborde donc le graphisme sous l’angle du design : la fonction crée la forme ! Parallèlement aux commandes réalisées pour des clients, Jogg.com est mon site personnel, un labo d’idées où je peux m’amuser sans avoir de compte à rendre à personne. J’aime bien aussi y laisser une trace de certains travaux professionnels.
Je n’ai pas de pseudo, car j’ai toujours signé de mon prénom. Je ne me considère pas vraiment comme un illustrateur, je me sers plutôt de l’illustration pour exprimer certaines idées.
- Peux-tu nous expliquer comment tu as réalisé le visuel « yin vs Yang» et comment t’es venue cette idée ? Quelle a été ta source d’inspiration car tu présentes souvent des visuels
« des visuels » ? Il manque un bout là non ? A la base, c’est un symbole très fort, très inspirant. Difficile de faire mieux, plus pur, plus équilibré que le Yin Yang. Beaucoup y voit une harmonie, on peut aussi y voir un conflit. Et qui sait, si l’harmonie ne précède pas le conflit, et le conflit l’harmonie ? La « dualité » m’intéresse beaucoup, je travaille beaucoup ce concept dans mes visuels. Le bien / le mal, la couleur / noir, l’ordre / le chaos sont des thèmes très motivants, car je crois que ces oppositions apparentes résument assez bien la vie. La lumière a toujours besoin de l’ombre…

- Aimes-tu la philosophie bouddhiste ?
Quelle soit bouddhiste ou non, la philosophie m’a toujours intéressé, voire passionné, aussi loin que je me souvienne. Mes plus grandes révélations ont très souvent eu pour origine un article, un roman ou un essai. « Philosophie » est un mot qui fait peur, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi. Il s’agit plutôt d’un champ totalement libre, où chacun peut un jour trouver sa voie. Ou au moins trouver des réponses… aux questions qu’il ne se posait pas, ahah. Il y a derrière ce mot une quête de vérité et de sens qui, je crois, ne doit pas être la spécialité des philosophes. Ce ne sont que des outils, parmi d’autres, pour espérer mieux appréhender notre modeste condition. Être un humain, sur Terre, à un instant T, c’est pas rien ! Non ???…
- Depuis combien de temps connais-tu laFraise et comment as-tu connu ce fruit délicieux ?
Mmmh ? 2006 à priori. Je me souviens plus trop comment j’ai connu LF, sans doute en lien sur un site de graphisme. De toute manière à cette époque il était difficile de passer à côté. Patrice, son créateur, a été et reste un exemple pour toute une génération d’entrepreneurs web.
- Si tu devais nous recommander, que dirais-tu ?
LF peut vite prendre la tête ! On dessine dans son coin, on envoie son visuel et on espère beaucoup ! Au final, on est rarement imprimé, car la concurrence est rude. Il y a tellement de talents ici. Et c’est justement pour cette raison que je vous recommanderai : côtoyer d’authentiques artistes, et avoir l’orgueil de se mesurer à eux. Il y a en ce moment un très grands nombres de talents incroyables. Par exemple Georges, Vinsse, Malo, Radiomode, Rober Richter, Randyotter, Kharmazero… Tu peux pas test ! Et j’ai très très envie de voir réussir Raz. Il faut l’encourager, car il n’est pas encore imprimé, et c’est facile lâcher prise dans ces moments là… il a un talent hallucinant, et je suis sûr qu’il va nous pondre des visuels dont on se souviendra longtemps. S’il n’est pas embauché par Pixar avant…
Parmi ceux qui n’ont vraiment aucun talent et qui feraient mieux de se mettre à la pâtisserie, je ne citerai… personne. Tout le monde a sa chance, il suffit de se bouger et d’avoir très très envie.
Personnellement, sur LF j’ai aussi fait de belles rencontres : je pense à Lufo et Jebs (revieeeens l’ami). Petite histoire, en passant. Lufo et moi avons fait parti des finalistes du concours de logo de Spreashirt. On a donc été invité à Leipzig pour la finale. Lors de la remise des prix, nous avons été installés sur un scène, les projecteurs dans les yeux, devant une foule compacte mais motivée, et interviewés… en anglais. Un grand moment de solitude que de devoir expliquer son logo, le pourquoi du comment, en anglais (!), devant des allemands, et en tenant un micro ! Autant dire que ça a été du grand n’importe quoi. Moment inoubliable, et même si on n’a pas gagné le premier prix, ce souvenir vaut n’importe quel trophée.
- As-tu d’autres hobbys hormis le dessin et quels sont-ils ?
L’océan est un univers que j’aime, profondément. Je n’ai hélas pas beaucoup l’occasion de m’en approcher… Mais tout m’intéresse, du moment que je ne me sens pas pris pour un crétin. J’observe donc de très très loin tout ce qui tourne autour de l’art contemporain. Je ne me lasse pas de lire ou d’écouter Pierre Desproges. Il nous manque beaucoup. De même pour Léonard De Vinci et André Franquin, mais on ne les reverra pas de sitôt car ils sont très occupés. A part ça, vivre au côté de ma chérie me suffit amplement pour être heureux :-)
- Quelles sont tes aspirations pour l’année en cours et celle à venir ?
Nous vivons tous plus ou moins dans un état de crise qui commence à me gonfler sévère. La crise, elle est maintenant installée dans les têtes, et j’espère vraiment que ça va changer. Nous avons tous, collectivement, l’énorme chance d’être en vie et dans une zone géographique en paix. Ce qui devrait largement nous suffire pour entreprendre, pour oser rêver et pour faire de très grands projets ! Fraise sur le gâteau : nous avons à notre disposition un outil incroyable qu’on appelle le web, grâce auquel nous pouvons apprendre, rêver, et réaliser à peu prêt tout ce qui nous passe par la tête. J’ai la conviction que nous devons, plus que jamais, ne plus rien attendre de la part de ceux qui nous gouvernent et qui n’ont manifestement plus rien à nous apporter, et commencer à nous gouverner nous-même. Les makers, hackers, entrepreneurs, crowdfunders et autres créateurs de tout poil me donnent beaucoup d’espoir pour la suite.
Autre aspiration. La police des mots m’exaspère, et j’espère qu’on va bientôt en finir avec la censure muette et globalisée actuelle. Le mot chien n’a jamais mordu personne, et on s’obstine pourtant à le tenir en laisse, et même à lui mettre régulièrement une muselière. On a le droit de TOUT dire, car on a aussi le droit d’entendre ce que l’on veut. Et de penser ce que l’on veut. Autant le dire, je milite pour le mariage gay islamiste.
- Peux-tu nous dessiner ta représentation d’une coupe fraises/chantilly stp ? Merci à toi pour cette interview et ton dessin !
Plop, v’là le dessin, un genre de « logo-montage » fait à partir du logo fraisien. Merci à toi Nathalie, et à laFraise pour cette sélection, et surtout merci à ceux qui ont voté pour ce dessin, et merci aux courageux(ses) qui ont lu jusqu’au bout. C’était vraiment très intéressant.

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